Comment fabriquer une mikroflööt ?
La mikroflööt est une petite flûte globulaire qui se joue d’une seule main. Elle peut jouer sur une octave de façon chromatique. J’explique ici dans le détail sa fabrication.
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A. Description
La mikroflööt est une petite flûte globulaire (ou flûte-récipient), famille dont font partie les ocarinas. Elle se joue d’une seule main. Les doigtés ont ceux de l’english pendant (ocarina à 4 ou 6 trous qui se joue des deux mains). Elle peut jouer sur une octave de façon chromatique. Elle tient dans la poche ou peut se porter en pendentif. Ce type d’instrument existe par ailleurs, entre autres sous le nom de one-handed ocarina. Cette toute petite flûte est née en Estonie, où les mini-bus sont joliment appelés mikrobuss c’est pourquoi j’ai trouvé amusant de l’appeler mikroflööt.
Doigtés
Vocabulaire :
Une flûte
globulaire = flûte-récipient est une flûte qui n’est
pas un tube (plus de précision ici). Depuis le
succès de l’ocarina de Giuseppe Donati (XIXe s.), on dit
aussi ocarina par généralisation.
L’english pendant ou pendentif anglais
est un ocarina souvent très petit, à 4 ou 6 trous utilisant un
doigté spécial, inventé dans les années 1960 par John Taylor.
B. Matériaux
Pour la construire, vous aurez besoin des matériaux suivants :
- 1 morceau de bois de 4 × 10 cm en 16 mm d’épaisseur
- 2 planchettes de bois de 4 × 10 cm en 4 mm d’épaisseur
- de la colle à bois (vinylique "extérieur" par exemple)
- du vernis non toxique (sandaraque ou gomme-laque) ou de l’huile de lin
Lire aussi : Comment se fournir en bois ?
C. Outils
Vous aurez au moins besoin de ces outils :
- un crayon, de quoi mesurer, une équerre, une loupe
- un scalpel
- un mini-ciseau à bois ≤ 7 mm de large (loisirs créatifs ou juste un bout de métal affûté - limez un pic à brochette par ex.)
- une scie à chantourner à main
- une chignole ou une perceuse / foreuse
- des mèches à bois de diamètre 2 – 4 – 5,5 (sinon 5) – 6,5 (sinon 6) et 12 mm
- du papier de verre / papier sablé grain ~200 et 400
- des serre-joints
Si vous en disposez déjà, vous pourrez vouloir vous servir de :
- une ponceuse à bande, papier 40, 80, 120
- une scie japonaise ou ce que vous aimez pour couper droit
- une scie à chantourner électrique
- une lime-aiguille plate (≤ 7mm de large)
- une lime-aiguille ronde
- du papier abrasif grain ~800 à 1500 pour une finition brillante
D. Plan
[plan plus propre à venir mais ces dimensions sont correctes]
E. Réalisation, étape par étape
1. Le corps
Outils (électriques ou à main) : perceuse/foreuse avec une mèche à bois de ∅ 12 mm, scie à
chantourner, papier abrasif.
Matériel : un bloc
de bois de 100 × 30 mm et 16mm d'épaisseur.
a) Dans le bloc de bois, évidez un rectangle de
20 × 55 mm.
b) Dans ce qui deviendra le bas de a
flûte, percez un trou de 12 mm dans l’épaisseur. Il servira plus
tard à former l’encoche de maintien pour le petit doigt.
c)
Poncez sommairement l’intérieur.

2. Planchette avant : face extérieure
Outils : de quoi mesurer/tracer. Ciseau à bois de
7 mm de large (ou moins), scalpel, loupe.
Matériel : une planchette de 100 × 30 mm et environ
4 mm d’épaisseur.
Vocabulaire :
L’ouverture rectangulaire s’appelle
la bouche ou la fenêtre.
Le petit plan incliné s’appelle la lèvre ou le biseau.
a) Tracez l’axe central dans la longueur.
b) Perpendiculairement,
tracez la limite haute de la fenêtre. Elle doit correspondre au haut de
l’ouverture du corps soit probablement à 77 mm du bas mais reportez la
longueur exacte.
c) Tracez la fenêtre :
7 × 3 mm.
Creusez le biseau copeau par copeau au ciseau à bois. À ce stade, l’ébauche de la fenêtre fait 1 ou 2 mm.
Affinez le biseau et la fenêtre à l’aide du scalpel. Travaillez
lentement. La loupe sera votre alliée. La fenêtre doit maintenant faire
3 mm (voire moins : gardez-vous de la marge pour les réglages
ultérieurs). La pente du biseau devra faire environ 10° (±2°).
Sur l’image ci-dessus, on peut voir une deuxième pente au niveau de la
tranche du biseau (comme sur un couteau). Ça n’est pas nécessaire mais
c’est une possibilité.
Astuce : si le bois est trop grossier pour réussir un labium fin, faites-lui boire une goutte de cyanoacrylate liquide à l’emplacement du biseau et laissez durcir avant de reprendre le travail.

3. Planchette avant : face intérieure
Outils : de quoi tracer. Le petit ciseau à bois, le
scalpel et la loupe.
Vocabulaire :
C’est une flûte à
conduit.
Le conduit qui guide l’air entrant s’appelle le porte-vent
ou simplement le conduit ou le
canal d’air.
Tracez l’emplacement du canal : deux traits parallèles entre la
fenêtre et ce qui sera le haut de la flûte. Ces traits sont espacés de
la largeur de la fenêtre (7 mm). Profondeur : 1 mm côté
fenêtre
Pas moins car l’épaisseur réduira au collage (pour ma part, je vise 0,8 mm sur
l’instrument fini). Pour cette raison, si le bois est tendre, prévoyez
1,5 mm à cette étape. Si le canal est un peu plus haut, la flûte
fonctionnera sans problème mais le son sera « venteux », ce
que je ne recherche pas ici. Quoi qu’il en soit, le canal ne doit pas
aller en s’agrandissant vers la fenêtre, ni en profondeur, ni en
largeur.
Pour terminer le biseau, taillez au scalpel, toujours face intérieure, un petit angle d’environ 45° de 0,5 mm de ce côté. À la loupe, oui. Le but est que lorsque vous regarderez dans l’axe du canal de votre flûte terminée, la tranche du biseau apparaisse au niveau du tiers (ou du quart) inférieur de la lumière :
Parois et bord terminal doivent êtres nets, pas besoin de chanfreins en sortie de canal pour cette taille de flûte. (C’est rigolo parce que pour montrer combien ça doit être net, j’ai mis une photo floue.)

4. Préparation du canal
Outils : Le petit ciseau à bois, le scalpel, la loupe,
du papier abrasif.
Matériel : vernis (sandaraque
par exemple).
Voici une étape qui n’est pas obligatoire mais peut arranger les choses par la suite : plutôt que de vous contenter d’un canal de 1 mm de haut, creusé dans la planchette avant, vous pouvez améliorer le confort de jeu en creusant une partie du canal également sur le corps de la flûte (l’autre pièce). Pour cela, tracez l’emplacement du canal sur le corps, en regard de la partie déjà creusée dans la planchette avant. Entre ces traits, creusez une fine tranchée qui fera 0,5 à 1 mm en entrée (haut de la flûte), de moins en moins profonde, jusqu'à disparaître en sortie (côté fenêtre). Ainsi agrandi, le canal risque moins de se boucher au collage et pressage (étape suivante) et sera moins affecté par la condensation pendant le jeu. De plus, l’effet Venturi provoqué par le rétrécissement du canal (une accélération et une baisse de pression de l’air dans la partie étroite) est agréable lorsque l’on joue (sensation de "résistance" de la flûte, comme une démultiplication). Ainsi, voici schématiquement à quoi pourra ressembler le profil du canal quand tout sera terminé :
Avant d’assembler le corps et la planchette avant, le canal doit avoir
été bien poncé (poncez fin, mouillez à l’eau ou à l’alcool, laissez
sécher, re-poncez un coup) pour ne plus se hérisser à l’humidité.
Moi, je préfère même le vernir, ce canal, car il est très fin et le
sera encore plus si il gonfle à l'humidité (sans parler du risque de
moisissure).

5. Mise en place de la planchette avant
Matériel : Colle, serre-joints.
Encollez (attention à ne pas mettre de colle dans le canal : essuyez à l’aide dune languette en bristol par exemple). Alignez précisément le haut de la fenêtre sur bord haut de la cavité avant de mettre en presse.

Après ce pressage-collage, le canal se sera peut-être un peu tassé en
hauteur. Si cette hauteur est encore comprise entre 0,8 et 1 mm de
haut en sortie (côté fenêtre), ça devrait être parfait. Si il fait
moins, vous allez devoir l’agrandir. Mais c’est collé maintenant !
Alors… tout est fichu ?
Bon, on peut toujours corriger (à coups de papier abrasif, cordes de guitares, carte de crédit découpée, pic à brochette limé…) mais c’est difficile. Mieux vaut prévoir un canal suffisamment haut dès le début (1 mm pour du bois dur, 1,5 mm pour du bois tendre).
À un moment, tout fonctionne : si vous soufflez dans l’embouchure alors que vous fermez plus ou moins l’arrière à l’aide de la paume de votre main, ça sonne. Vous venez de finir la partie la plus délicate, bravo.

6. Planchette arrière
Matériel : une planchette similaire à la planchette avant. Elle peut être moins longue mais au moins 85 × 30mm et environ 4 mm d’épaisseur.
Eh bien munissez-vous de la planchette arrière, voyons !

7. Trous de jeu
Réflexions préliminaires
Sur une flûte globulaire (= non tubulaire), l’emplacement des trous
n’influence pas la hauteur des notes. Pour une flûte globulaire donnée,
ce qui détermine la hauteur d’une note, c’est la surface totale de
trous découverts.
C’est pratique. Mais.
Il nous reste deux
contraintes : sur notre minuscule flûte, les trous doivent être
–
suffisamment écarté pour y placer les doigts.
– suffisamment
éloignés de la fenêtre (ici mes tests concluent minimum 15 mm entre
bord le d’un trou et la fenêtre – on vise 18 à 20 mm).
Outils : crayon, de quoi mesurer, une aiguille ou autre
objet piquant, mèches à bois de ∅ 2 – 4 – 5,5 et 6,5 mm.
Rque : si vous ne trouvez pas 5,5 et 6,5, percez à 5 et 6 vous agrandirez ensuite les trous à la lime/papier abrasif.
Repérage
On mesure depuis le haut. Dessinez les repères aux dimensions indiquées sur l’image ci-dessus.
Marquez précisément les centres des trous à l’aide d’un objet pointu.
Perçage
Les deux trous du bas sont percés à 45° pour rejoindre la cavité.
Préférez des mèches à bois (plutôt que métal) bien affûtées pour réaliser des bords de trous propres et nets.

8. Protéger l’intérieur
Matériel : vernis (sandaraque ou gomme-laque dans de l’alcool) ou huile (de lin, de tung).
Avant de refermer la flûte, moi je date et numérote (en chiffres de Kaktovik, c’est esthétik).
Je
vous conseille surtout de protéger les parois intérieures car le bois
subira du chaud et humide. La cavité est petite et ne pourra pas être
ré-ouverte pour aération ou nettoyage. Il y aura donc un risque
important de moisissures. Il est facile d’utiliser des produits
naturels : vernis à la sandaraque et/ou gomme-laque ou tout
simplement de l’huile (que vous ferez couler à l’intérieur quand tout
sera collé).
Encollez. Pressez. Attendez.

9. Mise en forme
À l’aide de papier abrasif, marquez une petite gouttière au niveau du trou double, ceci afin d’améliorer le confort de jeu : l’annulaire y trouvera facilement sa place.
Tracez des repères / limites à ne pas dépasser.
Donnez maintenant la forme que vous voulez à votre flûte avec la technique de votre choix (couteau, scalpel, station de ponçage…) Il faut juste ne jamais trop approcher la cavité intérieure. Pour ma part j’utilise une ponceuse à bande retournée en guise de station de ponçage.
Avec un peu d’entraînement, on arrive à être bien précis. Papier grain 40 puis 80 puis 100. Je finis à la main. Grain 200 - 400 - 800 - 1500. On peut faire lever les fibre à l’alcool entre deux ponçages (ça sèche plus vite qu’à l’eau).
Ah, et à un moment, il faut transformer le trou du bas en encoche pour l’auriculaire. J’aime que la pointe du petit doigt se coince de biais vers le milieu.

10. Accordage
La flûte est presque terminée, il faut maintenant l’accorder. Je vais m’attarder un peu sur cette partie car c’est aussi le moment où vous découvrez le jeu de la mikroflööt et sa grande réactivité aux variations du souffle.
Remarques préliminaires
Voici deux phénomènes communs à toutes les flûtes mais qui sont très
marqués sur les flûtes globulaires :
1) On peut modifier la fréquence de chaque note en dosant le souffle.
2) Pour les faire sonner correctement, on doit souffler un peu plus
« fort » (l’air doit aller plus vite) pour les notes aiguës
que pour les graves.
Deux conséquences pour les flûtes globulaires :
1 ⇒ Pas besoin de s’accorder : on s’ajuste en
permanence de façon intuitive en cours de jeu. La note fondamentale de
la flûte a été accordée lors de sa fabrication ; nous verrons
comment dans ce chapitre.
2 ⇒ La flûte doit être calibrée pour que
l’augmentation du souffle vers les aiguës se fasse de
façon régulière, ou du moins facile à mémoriser et
reproduire. Cela se règle en ajustant les diamètres des
trous de jeu.
Accorder : note fondamentale
Couvrez les quatre trous de jeu et soufflez doucement dans votre instrument. Vous remarquez que cette flûte est très sensible, très peu d’air suffit à la faire sonner. Soufflez d’abord très doucement puis de plus en plus fort. Si vous avez respecté les dimensions indiquées plus haut, vous devriez obtenir un son glissé entre Mi et Sol# :
Appelons fondamentale la note qui, tous trous couverts, est la plus confortable à jouer et à entendre. Dans cet exemple, il s’agit du Fa#. Nous voulons que notre mikroflööt soit "en Sol" = que sa note la plus grave soit un Sol. Nous devrons donc la monter du Fa# initial au Sol. Trois solutions s’offrent à nous : réduire le volume intérieur / percer un trou d’accord / agrandir la fenêtre. Nous choisissons la dernière solution car elle est simple et élégante.
Commencez par incliner progressivement, au scalpel, les parois de part et d’autre de la fenêtre (1). Si cela n’est as suffisant, vous pouvez également élargir légèrement le trou voire reculer le biseau (2). N’accordez la flûte que lorsqu’elle est chaude (ayez soufflé au moins 30 secondes dedans).
Vous devriez arriver à cette situation :
Parfait, passez à la suite.

Calibrer : diamètres des trous de jeu
Les diamètres idéaux varient d’un instrument à l’autre selon l’épaisseur précise des planchettes, la taille de la fenêtre et celle de la cavité.
D’expérience, il faut généralement :
– bien dégager, voir agrandir légèrement la paire de trous du bas (2 à 2,5 mm).
– agrandir le trou du haut (6,5 à 7 mm).
– agrandir le trou du dos (presque 6 mm).
Utilisez une lime-aiguille ou du papier abrasif roulé sur un petit objet cylindrique (ma solution préférée). Agrandissez progressivement et prudemment, vous ne pourrez pas revenir en arrière. Travaillez maintenant à l’oreille, en jouant des intervalles et des mélodies (ou avec un clavier si vous voulez mais pas avec un accordeur : vous ajusteriez votre souffle en lisant l’écran sans vous en rendre compte). Faire des pauses pour « réinitialiser » votre oreille et votre souffle.

11. Finitions
Quelques couches fines de vernis à la sandaraque (résine de Sandaraque dissoute dans de l’alcool) ou gomme-laque ou huile…
et la flûte…
… est terminée !

F. Jouer
1. Temps d’apprentissage
Si le son est facile à produire, la musique ne vient qu’après quelques jours ou semaines de travail. On doit d’une part se familiariser avec ses doigtés et d’autre part doser son souffle en fonction de chaque note (voir plus haut). Cette flûte est très réactive, jouer juste nécessite une grande maîtrise du souffle, bien plus que pour la flûte à bec par exemple. Jouez souvent. Les jours où ça ne fonctionne pas, n’instistez pas et reprenez le lendemain.
2. Exercices, morceaux

Retours
Envoyez-moi des photos de vos réalisations, je les publierai ici !
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